La lecture de son exposé est instructive. Pour mémoire c'est ce discours qui avait déclenché les foudres des islamistes. Benoit 16 en rapportant les propos tenus par Manuel II pendant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402 donnait l'impression de partager son opinion:
"Pour convaincre une âme douée de raison, on n'a pas besoin de son bras, ni d'objets pour frapper, ni d'aucun autre moyen qui menace quelqu'un de mort."
En fait il a fallu attendre le Concile Vatican II (Oct 1962) pour que l'Eglise catholique rompe officiellement avec un catholicisme fondé sur la peur, sur la culpabilité, sur la lecture fondamentaliste des Écritures et sur l'apologie du sacrificiel. La chasse aux hérétiques avait été déclenchée après 1231 par le pape Grégoire IX (lui aussi infaillible selon le dogme catholique) avec la prison à vie et la mort moyens reconnus par l'Église pour lutter contre l'hérésie. L'Inquisition espagnole n'a été définitivement abolie qu'en 1834.
Donc Benoît 16 est fort mal placé pour sembler donner des leçons à une autre religion.
Mais sur le front des religions la compétition est féroce et Benoît 16 essaie aujourd'hui de proposer la sienne de la façon la plus rassurante.
Benoît 16 à Regensburg reconnait l'éthique de la science et le droit à la raison:
"L'éthique de la scientificité [...] est par ailleurs volonté d'obéissance à la vérité",
ce qui est bien un minimum lorsque l'on fait un discours dans une université.
Mais très vite Benoît 16 se fait plus dirigiste avec des propos assez vifs:
"Dans le même temps cependant, il faut admettre que la tendance à considérer vrai uniquement ce qui est expérimentable, constitue une limitation à la raison humaine et produit une terrible schizophrénie désormais évidente, en raison de laquelle coexistent le rationalisme et le matérialisme, l'hypertechnologie et l'instinct déchaîné."
[...]
"Mais les cultures profondément religieuses du monde voient cette exclusion du divin de l'universalité de la raison comme un outrage à leurs convictions les plus intimes. "
[...]
"Une raison qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures."
[...]
"Il est urgent par conséquent de redécouvrir de façon nouvelle la rationalité humaine ouverte à la lumière du Logos divin et à sa parfaite révélation qui est Jésus Christ, Fils de Dieu fait homme."
De mon point de vue, il faut juste savoir distinguer ce qui est du domaine de la foi "convictions les plus intimes" de ce qui est du domaine de la raison; et cela n'empêche nullement la raison de s'interroger sur notre devenir et sur notre monde; la raison n'est pas sourde au divin; il faut simplement ne pas mélanger les genres. Ainsi lorsque la théologie cesse d'être historique pour raisonner sur le "sexe des anges" ou plus généralement sur la foi, cela donne un bel exemple de confusion des genres; elle ne se grandit pas; elle devient accessoire et peut rejoindre rapidement une forme de sous culture.
La foi chrétienne est une relation vivante à un Dieu reconnu comme une personne ; elle se nourrit de prière et de pratique sacramentelle. La raison au sens de générateur de déductions logiques s'efforce quant à elle d'enchaîner des vérités démontrées. Foi et raison n'ont vraiment rien de commun.
Il est clair que la raison a fait beaucoup de tort aux religions; Jean Paul 2 puis Benoît 16 ont essayé de la mettre de leur côté en proposant que la raison avance à la lumière de la foi; tout au plus cela sert d'œillères empêchant d'avoir une vision plus globale.
Quant à l' "instinct déchaîné" , la raison n'a pas attendu les religions pour contrôler les instincts citons par exemple les épicuriens qui ont appris à le gérer en dehors de toute religion (ascèse hédoniste).
Il est certain que nous ne savons pas quel est notre futur après notre mort. Nous avons la chance aujourd'hui d'avoir une vision plus globale de toutes les propositions faites par les religions; elles ont toutes tenté de répondre à cette question de notre devenir. Toutes ces propositions ne sont pas compatibles. Cela signifie que certaines vont se révéler fausses. Et alors si dans le doute on admettait tout simplement que l'on ne sait pas. Est-ce si dur à dire? Est-ce si dur à vivre?
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