lundi 30 juin 2008

Auguste Comte ou la religion de l'humanité


"Réorganiser , sans dieu ni roi, par le Culte systématique de l'Humanité.
Nul n'a droit qu'à faire son devoir.
L'esprit doit toujours être le ministre du cœur, et jamais son esclave."
Discours sur l'ensemble du positivisme - Juillet 1848


Le cœur interroge l'esprit qui raisonne et résout pour qu'au final des actes naissent et que nos divers besoins soient satisfaits.

Sa démarche philosophique ignore délibérément les causes premières (métaphysique) mais accorde une grande importance aux sentiments (coeur) qui doit être l'élèment moteur; pourtant c'est la raison qui valide avant que toute action ne soit entreprise.
Nous sommes loin du " le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas " de Pascal.

vendredi 27 juin 2008

De la connaissance de soi


Un homme dit:" Parle-nous de la Connaissance de soi"
Il répondit:
" Vos coeurs connaissent en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles se languissent d'entendre la voix de la connaissance en vos coeurs.
Vous voudriez savoir avec des mots ce que vous avez toujours su en pensée.
Vous voudriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.

Et il est bon qu'il en soit ainsi.
La source secrète de votre âme doit jaillir et couler en chuchotant vers la mer,
Et le trésor de vos abysses infinis se révéler à vos yeux.
Mais qu'il n'y ait point de balance pour peser votre trésor inconnu,
Et ne sondez pas les profondeurs de votre connaissance avec tige ou jauge,
Car le soi est une mer sans limites ni mesures.

Ne dites pas: "J'ai trouvé la vérité", mais plutôt: "J'ai trouvé une vérité".
Ne dites pas: "J'ai trouvé le chemin de l'âme". Dites plutôt: "J'ai rencontre l'âme marchant sur mon chemin".
Car l'âme marche sur tous les chemins.
L'âme ne marche pas sur une ligne de crête, pas plus qu'elle ne croît tel un roseau.
L'âme se déploie, comme un lotus aux pétales innombrables. "

Khalil Gibran

jeudi 19 juin 2008

Benoît 16 - Université de Regensburg - Sept 2006



La lecture de son exposé est instructive. Pour mémoire c'est ce discours qui avait déclenché les foudres des islamistes. Benoit 16 en rapportant les propos tenus par Manuel II pendant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402 donnait l'impression de partager son opinion:
"Pour convaincre une âme douée de raison, on n'a pas besoin de son bras, ni d'objets pour frapper, ni d'aucun autre moyen qui menace quelqu'un de mort."

En fait il a fallu attendre le Concile Vatican II (Oct 1962) pour que l'Eglise catholique rompe officiellement avec un catholicisme fondé sur la peur, sur la culpabilité, sur la lecture fondamentaliste des Écritures et sur l'apologie du sacrificiel. La chasse aux hérétiques avait été déclenchée après 1231 par le pape Grégoire IX (lui aussi infaillible selon le dogme catholique) avec la prison à vie et la mort moyens reconnus par l'Église pour lutter contre l'hérésie. L'Inquisition espagnole n'a été définitivement abolie qu'en 1834.

Donc Benoît 16 est fort mal placé pour sembler donner des leçons à une autre religion.
Mais sur le front des religions la compétition est féroce et Benoît 16 essaie aujourd'hui de proposer la sienne de la façon la plus rassurante.

Benoît 16 à Regensburg reconnait l'éthique de la science et le droit à la raison:
"L'éthique de la scientificité [...] est par ailleurs volonté d'obéissance à la vérité",
ce qui est bien un minimum lorsque l'on fait un discours dans une université.


Mais très vite Benoît 16 se fait plus dirigiste avec des propos assez vifs:

"Dans le même temps cependant, il faut admettre que la tendance à considérer vrai uniquement ce qui est expérimentable, constitue une limitation à la raison humaine et produit une terrible schizophrénie désormais évidente, en raison de laquelle coexistent le rationalisme et le matérialisme, l'hypertechnologie et l'instinct déchaîné."
[...]
"Mais les cultures profondément religieuses du monde voient cette exclusion du divin de l'universalité de la raison comme un outrage à leurs convictions les plus intimes. "
[...]
"Une raison qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures."
[...]
"Il est urgent par conséquent de redécouvrir de façon nouvelle la rationalité humaine ouverte à la lumière du Logos divin et à sa parfaite révélation qui est Jésus Christ, Fils de Dieu fait homme."


De mon point de vue, il faut juste savoir distinguer ce qui est du domaine de la foi "convictions les plus intimes" de ce qui est du domaine de la raison; et cela n'empêche nullement la raison de s'interroger sur notre devenir et sur notre monde; la raison n'est pas sourde au divin; il faut simplement ne pas mélanger les genres. Ainsi lorsque la théologie cesse d'être historique pour raisonner sur le "sexe des anges" ou plus généralement sur la foi, cela donne un bel exemple de confusion des genres; elle ne se grandit pas; elle devient accessoire et peut rejoindre rapidement une forme de sous culture.

La foi chrétienne est une relation vivante à un Dieu reconnu comme une personne ; elle se nourrit de prière et de pratique sacramentelle. La raison au sens de générateur de déductions logiques s'efforce quant à elle d'enchaîner des vérités démontrées. Foi et raison n'ont vraiment rien de commun.

Il est clair que la raison a fait beaucoup de tort aux religions; Jean Paul 2 puis Benoît 16 ont essayé de la mettre de leur côté en proposant que la raison avance à la lumière de la foi; tout au plus cela sert d'œillères empêchant d'avoir une vision plus globale.

Quant à l' "instinct déchaîné" , la raison n'a pas attendu les religions pour contrôler les instincts citons par exemple les épicuriens qui ont appris à le gérer en dehors de toute religion (ascèse hédoniste).
Il est certain que nous ne savons pas quel est notre futur après notre mort. Nous avons la chance aujourd'hui d'avoir une vision plus globale de toutes les propositions faites par les religions; elles ont toutes tenté de répondre à cette question de notre devenir. Toutes ces propositions ne sont pas compatibles. Cela signifie que certaines vont se révéler fausses. Et alors si dans le doute on admettait tout simplement que l'on ne sait pas. Est-ce si dur à dire? Est-ce si dur à vivre?

dimanche 15 juin 2008

De la fiction à la réalité.

"Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés"

Lettres Persanes (1721)
Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755) ...

vendredi 6 juin 2008

La foi


Un peu pour comprendre comment ce concept de foi ait pu naître et se développer alors qu'il est par principe complètement irrationnel, j'ai parcourru l'encyclique de Jean Paul 2 parue en 1998 Fides et ratio , la Foi et la Raison qui a le mérite d'aborder frontalement le sujet.
Je cite:
"La foi n’intervient pas pour amoindrir l’autonomie de la raison ou pour réduire son domaine d’action, mais seulement pour faire comprendre à l’homme que le Dieu d’Israël (1) se rend visible et agit dans ces événements. Par conséquent, connaître à fond le monde et les événements de l’histoire n’est pas possible sans professer en même temps la foi en Dieu qui y opère. La foi affine le regard intérieur et permet à l’esprit de découvrir, dans le déroulement des événements, la présence agissante de la Providence (2). Une expression du livre des Proverbes est significative à ce propos : « Le cœur de l’homme délibère sur sa voie, mais c’est le Seigneur qui affermit ses pas » (16, 9). Autrement dit, l’homme sait reconnaître sa route à la lumière de la raison s'il peut la parcourir rapidement, sans obstacle et jusqu’à la fin et si, avec rectitude, il situe sa recherche dans la perspective de la foi. La raison et la foi ne peuvent donc être séparées sans que l’homme perde la possibilité de se connaître lui-même, de connaître le monde et Dieu de façon adéquate."


(1) Certains affirment que Dieu est une invention humaine; ici on peut se demander si ce n'est pas une invention d'Israel; en tout cas ce n'est pas très sympathique pour les autres peuples d'ethnies diverses et situés à l'autre bout du monde! Mais c'est vrai qu'il est plus facile d'inventer à partir de ce qui vous entoure.
Mais ce ne sont pas les seuls êtres oubliés car les hommes ne le savaient pas à l'époque, il y a aussi des êtres vivants ayant une capacité intellectuelle élevée (perroquet gris, dauphins). Un autre oubli du "Dieu d'Israël? Personnellement, je vois plus la main de l'homme que la main divine dans tous ces concepts.

(2) Pour connaître à fond, il faut avoir la foi, et quand on a la foi on voit (par la raison) la présence agissante de la Providence. C'est comme si je disais, acte de foi, "je crois en l'homme" et qu'à la lumière de cet acte de foi, j'observe autour de moi tout ce qui prouve que j'ai raison de croire en l'homme.
C'est une vision biaisée. La foi n'est nullement utile pour raisonner; c'est même une oeillère qui empêche l'homme d'avoir une vision plus globale.
La raison au sens du générateur de déductions logiques ne peut partir de postulats non démontrés; elle ne va donc pas postuler à priori:
  1. que Dieu existe
  2. qu'il s'agit du Dieu d'Israel
  3. que Dieu s'est fait homme avec Jésus son fils
  4. que le Saint Esprit existe

Beaucoup de postulats à considérer avant de laisser la raison faire son travail!

La foi et la raison ne peuvent cohabiter car elles sont incompatibles par essence. La présentation faite par Jean Paul II est pour le moins abusive.
C'est vrai qu' il y a un vide terrible sur notre après; des hommes ont tenté de combler ce vide avec divers postulats; je n'en ai pas encore trouvé qui puissent résister à l'analyse de la raison; j'en conclue à chaque fois qu'il s'agit d'une tentative sans fondement pour combler un vide qui lui est bien réèl.
Accepter de combler un vide avec du vent ne nous est pas d'un grand secours; le remède peut être pire que le mal quand on sait les souffrances endurées par des humains au nom des religions.

Avoir l'honnêteté de dire que l'on ne sait pas ne nous empêche pas d'espérer. On peut très bien survivre comme cela. Le cerveau est bien fait; bien que cette question soit vitale il est capable de l'oublier pendant qu'il est accaparé par d'autres tâches; il est rarement obsédé; c'est notre force ... de survie.